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Kaija Saariaho
L’oeuvre pour
violoncelle Alexis Descharmes
(violoncelle)
Au moment où l’Opéra Bastille
crée Adriana Mater, le deuxième opéra de Kaija
Saariaho, le label Æon publie opportunément une
intégrale de l’œuvre pour violoncelle de la compositrice
finlandaise. Instrument favori de la musicienne, le
violoncelle abandonne ici son registre avantageux de
chanteur de charme, auquel, des suites de Jean-Sébastien
Bach à celles de Benjamin Britten, son timbre de baryton
bellâtre l’a prédisposé. Sous l’archet intrépide du
jeune soliste français Alexis Descharmes, invité
régulier de l’Ensemble Intercontemporain, l’instrument
débonnaire joue les matamores fragiles, les pugilistes
irascibles, cédant à de brusques tendresses. Dédaignant
les grâces de la volute mélodique, les joliesses de
l’arabesque vocale, le violoncelle étale rageusement de
violents à-plats de couleurs stridentes, avant de
s’alanguir en poudroiements vaporeux, en scintillements
immatériels.
Petals, la pièce la plus
ancienne (1988), effeuille le nuancier des humeurs
amoureuses : un peu, beaucoup, passionnément, à la
folie, pas du tout. Sérénade fantomatique alternant cris
et chuchotements, A la lune protège un sombre
colloque sentimental entre la clarinette basse (de
Nicolas Baldeyrou) et le violoncelle. Placée sous
l’invocation du poète Saint-John Perse, la musique de
Kaija Saariaho s’aventure, comme les vers altiers
d’Amers, sur « des ronceraies d’abîme, de grandes pistes
de ténèbres » : ensorcelante odyssée.
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CD Æon/Harmonia Mundi
Gilles Macassar
Télérama n° 2934 - 5 avril
2006 |