Bruno MANTOVANI  > Art d'écho
 

 1. Art d’écho  [2000]   
pour ensemble
    
2. Da Roma  [2005]
pour clarinette, alto et piano
  
3. Blue girl with red wagon  [2005]
pour quatuor à cordes et piano
    
4. Little Italy  [2005]
pour alto
   
5. L'ère de rien  [2002]
pour flûte, clarinette et piano
 
 
Ensemble L'Itinéraire (1, 3, 5)
Mark Foster, direction (1)
Trio Modulations (2)
Odile
Auboin, alto (4)

Ce disque, consacré à Bruno Mantovani, est né d’un projet de Richard Peduzzi, directeur de l’Académie de France à Rome (Villa Médicis), de donner vie à une collection de musique contemporaine de compositeurs en résidence en ces lieux. Bruno Mantovani, est l’initiateur de cette collection. Doué d’un réel talent inventif, consacré par de nombreux prix qu’il a remportés depuis 1999, Mantovani est auteur d’une cinquantaine de pièces de genres différents, du solo à l’opéra, dont le présent CD propose une sélection de cinq inédits : Art d’écho, Da Roma, Blue girl with red wagon. Little Italy, L’ère de rien.

Les titres de ces compositions, souvent, assument complètement la référence. C’est le cas d’Art d’écho pour orchestre, qui illustre bien les recherches de Mantovani dans le domaine de la dramaturgie musicale, où la notion de spatialisation occupe une place importante. Dans cette œuvre, l’orchestre, partagé en deux groupes, est positionné aux extrémités de la scène ; ce qui permet d’obtenir des trames sonores continues et une diffusion stéréophonique.

Une telle expérience du « son en écho » lui vient du travail en studio qui l’amène à considérer le contrepoint comme du mixage. Le compositeur envisage rarement, sur telle note, un instrument isolé. Comme il l’affirme lui-même, dans le traitement de la doublure, dans la résonance, il se trouve « sous influence ».

Autre titre explicite est sans doute Blue girl with red wagon pour quatuor à cordes et piano, qui tire son inspiration d’un tableau du peintre américain Robert Guinan. Le langage du jazz fait figure d’intrus dans cette œuvre évoquant les bas fonds de Chicago. L’écriture musicale, notamment pianistique, est basée sur la gestualité de l’instrumentiste. Cela fait qu’on retrouve peu de formules instrumentales abstraites et de nombreux passages viennent de l’improvisation. Accordant une place importante à l’interprète, Mantovani estime la valeur et la pérennité d’une pièce en relation avec les capacités du soliste à la rendre unique. De ce point de vue, bravo à Fuminori Tanada, pianiste de l’Itinéraire.

L’attention que le compositeur porte à la conception globale de l’idée musicale fait cependant que chaque œuvre est différente mais se pose en reflet fidèle de ses recherches. Ainsi Roma témoigne de ses études sur la notion de processus, Little Italy de la déformation progressive d’un matériel sonore et de l’utilisation riche en effets qu’il fait d’un instrument soliste (comme l’alto) ; quant à l’Ere de rien, elle développe la notion de périodicité et de l’effet « boucle ».

Certains éléments musicaux sont récurrents dans son écriture : l’utilisation massive de l’échantillonnage, un son grossi et parfois envahissant, les répétitions en boucle et le recours à la variation, l’influence de la musique électroacoustique, un langage qui bascule facilement vers le jazz.

La conception du son, de la forme et du temps, extraordinaire chez Mantovani, rendra l’écoute de ce disque facile et agréable même à un public de néophytes, peu familier de musique dite « contemporaine ».  Francesca Guerrasio - RESMUSICA